Articles Critiques I - Le T'Sank Critique Imaginarium

J'ai eu la joie de rencontrer Alexis Flamand au Salon du Fantastique de Paris. C'est pour cela que je n'ai pu m'empêcher de vous livrer sa biographie, qui colle trait pour trait au personnage. Car cet auteur est un véritable personnage à lui tout seul... Loufoque et d'un enthousiasme constant, avec un livre qui a déjà fait parler de lui, je ne pouvais faire autrement que de me procurer Alamänder ... la saga la plus farfelue de Fantasy que j'ai pu lire. Farfelue mais dense et travaillée, telle est pour moi la force de ce premier tome auquel j'adhère totalement.

Au passage, un petit mot sur le livre objet, qui est d'excellente qualité, avec une couverture sublime signée Alexandre Dainche. Marque page offert tout aussi joli, petit plus qui fait toujours plaisir.

"Ton imagination n'est jamais en repos. Avançons." Maek, s'adressant à Alexis... pardon à Ninfell.

De fait c'est le mot clé de ce roman. L'imagination. L'imagination de l'auteur qui nous plonge dans un monde totalement inédit, inventé de toutes pièces. Adieu Terre ronde, journées de 24h et vaches dans les champs... Bonjour journées de 20h, moufres et skorjs de combat... Quant au monde en lui-même? Je laisse Maek à le plaisir de vous en faire découvrir les aspect et les limites.
L'imagination du lecteur, car l'écriture est telle que notre cerveau est en constante ébullition, en train de former les images, créer les personnages et les bêtes, comprendre la biologie du vivant de ce monde. Au passage l'auteur est calé dans ce domaine ainsi qu'en mycologie ( si mes cours à la fac avaient été aussi intéressants et loufoques.... j'aurais peut-être été plus assidue !).

L'histoire commence par une rencontre avec Ernst, souverain (in)contesté et (il)légitime de Kung Bohr, froid et manipulateur, que l'on a envie de baffer toutes les deux pages, entre deux éclats de rire...

Une fois les présentations faites, direction Menzhota, pays frontalier à Kung Bohr, faire la connaissance de Jonas Alamänder, charismatique et plein d'humour, mage et questeur (détective privé) de son état. Le pauvre est affublé d'un démon mineur comme familier, collé à ses basques depuis une incantation qui a complètement foiré...

"Parfois, Retzel avait des sursauts de clairvoyance qui en faisaient un compagnon inestimable. Hélas, ces moments étaient trop rares pour faire oublier les fois où il ne l'était pas."

Jon, bien malgré lui, s'embarque pour Kung Bohr avec Retzel et deux officiers du nom de Tech et Edrick. Le voyage se suffit à lui-même, l'antipathie régnant entre Tech et Retzel, l'amitié se créant entre Jon et Edrick, ainsi que toutes les aventures improbables auxquelles il doivent faire face nous donnent notre lot d'action et d'humour. Et nous permettent d'être introduits dans l'univers. Pourtant l'auteur ne s'arrête pas là, puisque Jon se retrouvera à devoir résoudre une enquête bien étrange et en apparence inexplicable... Mais certains suspects seront bien vite écartés... :

"Vous comprenez pourquoi ce type est insoupçonnable? Il n'a pas besoin de couper ses victimes en morceaux. Il lui suffit de leur adresser la parole pour les pousser au suicide."

Et puis il y Maek, qui ne recule devant rien pour trouver la fameuse école des assassins T'sanks. Traverser les champs de blé carnivore et faire face aux Macrovores feront partis de sa quête. Quant à Akir, Dieu de la Colère et de la Destruction, il ne peut s'empêcher de mettre son grain de sel, vexé que Maek ne cède pas à ses entourloupes...

"Tu crois que c'est facile de remettre les pendules à zéro, de réduire à néant des siècles d'existence humaine? Ma mission est d'abolir toute vie pour créer un modèle de vacuité, une utopie de courants d'air. Conséquence : je me dépense sans compter, je corromps, je mens, je distribue rumeurs et médisances, je détricote des hiérarchies et tisse des complots, je maudis à qui veut m'entendre, et tout ça pour quoi ? Pour me retrouver avec des Dieux du Bien sur le dos et un sinistre petit crétin qui vient marcher sur mes plates-bandes parce que je fais mal mon boulot."

Eh oui, le sinistre petit crétin en question, c'est Maek. Vous l'aurez compris, le jeune homme, marchant sur les plates-bandes d'un dieu du mal, n'est pas réellement un personnage héroïque par nature. En fait, on ne sait que penser de lui. En théorie on devrait le haïr . Mais on n'y arrive pas... Pourtant Maek est destructeur et impitoyable, ce qui fâche Akir, cela va sans dire :

"Le problème, vois-tu, c'est que je déteste la concurrence. Si quelqu'un doit détruire cet univers, c'est bien moi. Tu en sais quelque chose. Je suis né dans ce but. C'est MON boulot. [...] Et je ne me laisserai pas damer le pion par un organique tel que toi !"

Bon évidemment dis comme ça...

Niveau espace / temps, l'auteur nous mène tranquillement en bateau puisque, créant son propre monde, il nous fait perdre (consciemment) tous nos repères. Heureusement une discussion avec les Dieux nous permettra de comprendre un peu plus de choses, en un retournement de situation imprévisible et étonnant.

Un tour de force magique pour ce gros tome d'introduction à la saga, qui nous permet de découvrir le monde, sa faune, sa flore, les personnages etc... sans pour autant que l'on s'ennuie un instant.

Bref un concentré d'originalité, d'action et de bonne humeur d'où l'on ressort un brin perturbés.... mais ravis !

PS : en postface, une interview juste génialissime qui donne envie de dévorer la suite !!! Conclusion : ce mec est fou, complètement fou !!!

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