Avec un premier volume nommé au Prix Imaginales 2011, finaliste du prix Futuriales Révélation jeunesse 2012, inutile de dire que nous avions hâte de tenir en mains le deuxième tome du cycle d’Alamänder, où se mêlent burlesque, intrigues policières, notions scientifiques et hommages aux œuvres de Jack Vance, Fritz Leiber, H.-P. Lovecraft ou Roger Zelazny.

Le roman nous propulse sans tarder au cœur des évènements : nous renouons avec l’enquête mouvementée de Jon, enfoui sous terre dans la ville surprenante de Ker-Fresnel. Secondé par ses amis – ou parasites –, il cherche toujours à comprendre qui se cache derrière le meurtre minuté de Pallas. Mais sa tâche est compromise par de nouvelles variables : citons un soupçon de guerre civile, une pincée de destructions monumentales et une noisette de vieilles légendes ressurgies des entrailles de la pierre. Dans un jeu où survivre s’annonce complexe, la ville sous-terraine pourrait se transformer en caveau grandeur nature pour ses occupants.

Ainsi, Alexis Flamand confère au Mehnzotain un rythme effréné : nul temps mort, l’action devient prépondérante et nous brimbale au gré des rebondissements et des actes désespérés. Si un tel choix ravira une partie du lectorat, nous reprochons toutefois au tome sa "surabondance" : cet excès de combats et de scènes cataclysmiques alourdit parfois un scénario qui disposait par ailleurs de solides atouts. Cela dit, soumis à rude épreuve, les protagonistes sont malmenés et brûlent leur moindre ressource dans une cité en proie au doute et au chaos. Ils devront lutter pour conserver leurs liens intacts et ne pas soupçonner derrière chaque parole sibylline ou comportement inhabituel un aveu de culpabilité, car même ce qui semblait inaltérable se désagrège telle une roche calcaire.

Dans le même temps, nous retrouvons le second héros, Maek. Après avoir découvert sa lutte autodidacte au pays des Macrovores, aventure initiatique cruelle et cynique, puis son rôle fondateur dans la création du T’Sank – institution d’assassins unanimement crainte – nous en apprenons davantage sur son évolution au fil des siècles, sa doctrine, ses élèves – Ninfell surtout, dont les méthodes sont aussi savoureuses que terrifiantes –, mais aussi son origine. De fait, ces passages disséminent de précieux indices sur les fils qui unissent les deux intrigues maîtresses, à notre grande satisfaction !

Enfin, ce qui faisait le charme du premier tome ne disparaît pas : nous apprécions toujours autant la richesse du monde créé par Alexis Flamand, foisonnant de bonnes idées, dans un soucis perpétuel de rendre cohérent et « palpable » son univers. Ainsi, il recourt à de nombreux concepts scientifiques pour ajouter un vernis crédible à son étrange bestiaire, dont on ne se lasse définitivement pas ! Au programme : des sacs de toile dépliables et voraces, des savants en bocaux, des insectes aux allures de phasmes géants, des arbres incandescents, qui constituent un tout nouvel écosystème fourmillant de trouvailles, sans oublier nos emblématiques poulpes. Loin de nous perdre dans des discours abscons – hormis dans quelques passages verbeux – ces notions de biologie assurent au roman une originalité et une identité synonymes de fraîcheur.

Au final, nous obtenons un cocktail pimenté, où se mêlent ingéniosité, écriture fluide et aventures effrénées. Les rebondissements qui augurent un scénario maîtrisé, l’approfondissement des personnages et la touche scientifique nous assurent une lecture agréable. Nous pourrions regretter la prépondérance de l’action, au risque de perdre en humour, toutefois la recette reste bonne, et la suite ne devrait pas décevoir nos papilles.

Note finale : 8/10

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